Pocota personata (Harris, 1780) est une espèce de syrphe singulière ayant récemment fait l’objet d’une synthèse à l’échelle nationale (LOUBOUTIN et al., 2023). Espèce rare et difficile à observer, elle est particulièrement mimétique de bourdons et se distingue des autres syrphes par sa face peu proéminente, ses antennes courtes avec une arista glabre et sa nervation alaire (nervure radiale 4+5 non sinueuse et tache sombre au centre de l’aile). Sur les 14 données françaises compilées par les auteurs, deux sont signalées d’Ile-de-France. La première est mentionnée par VILLENEUVE (1903) et provient du bois de Boulogne (Paris) en mars 1871. La seconde, mentionnée par LOUBOUTIN et al. (op. cit.), signale un individu présent dans les collections du MNHN et provenant de Fontainebleau capturé le 15 mai 1881.

Lors de l’étude portant sur les coléoptères saproxyliques du compartiment forestier du parc du Château du Piple à Boissy-Saint-Léger (Val-de-Marne), une femelle a été trouvée dans un piège Barber posée sur une cavité d’un Marronnier, Aesculus hippocastanum L., 1753. Nous rapportons ici les détails de cette observation et replaçons dans son contexte cette observation intéressante.

Cette observation est remarquable pour plusieurs raisons. Tout d’abord il s’agit de la première mention pour le Val-de-Marne et d’une redécouverte à l’échelle de l’Ile-de-France car, comme nous l’évoquions en introduction, l’espèce n’a pas été signalée de cette région depuis 1881. Cela est d’autant plus notable que les données ne manquent pas pour la région, comme en témoigne le site Inaturalist (consulté le 6 septembre 2025) qui montre 6 271 observations de syrphidés appartenant à 136 espèces différentes pour l’Ile-de-France, dont certaines espèces rares d’insectes saproxyliques.

De plus, cette donnée sort de l’ordinaire par le mode de capture utilisé. Car, les syrphes, insectes volants, sont particulièrement rares dans les pièges Barber qui sont des pièges passifs d’interception destinés à capturer les arthropodes se déplaçant au niveau du sol. D’après le matériel étudié, il n’est malheureusement pas possible de dire s’il s’agit d’un individu émergent ou d’un adulte parfait qui est tombé dans le piège. Cependant, cette capture montre la présence de l’espèce dans la cavité de l’arbre et permet de considérer qu’il s’agit d’un habitat de reproduction. Aesculus hippocastanum avait déjà été mentionné par ALEXANDER (2005) et BALL & MORRIS (2014) comme servant d’habitat de reproduction à cette espèce. De plus, il se trouve que cette cavité présente à son entrée un basidiome d'Amadouvier mort et la présence d’une carie blanche fibreuse associée. Cela correspond parfaitement aux observations d’ALEXANDER (2005) qui suggère que la présence d’une carie blanche formée à partir d’un champignon est plus importante que l’espèce d’arbre qui la porte. Alexander avait cité notamment deux espèces de champignons lignivores responsables de la pourriture blanche Ganoderma adspersum (Schulzer) Donk, 1969 et Inonotus cuticularis (Bull.) P. Karst., 1879.

Enfin, cette donnée souligne l’importance de conserver les vieux boisements et d’y maintenir des éléments clés pour la biodiversité, tels que les arbres à cavités ou les arbres morts sur pied. Le bois qui a fait l’objet de cette étude est connecté à un large ensemble forestier au sud-est de Paris. Dans un contexte périurbain, comme celui duquel est issu notre observation (voir Figure 3), cela montre que ces espaces jouent pleinement leurs rôles de réservoirs de biodiversité et contribuent au maintien d’une faune patrimoniale. Ils représentent sans aucun doute les vestiges d’une diversité ancienne autrefois bien plus riche qui était présente aux abords de la capitale avant l’expansion des banlieues et dont nous nous devons de prendre soin aujourd’hui.

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